Études de caspar Claude Rivoiron
Deux contraintes de base ont été ignorées au démarrage de la crise sanitaire. Leurs conséquences n'ont pas été linéaires, mais exponentielles.
Cause n°1 : les masques devaient être disponibles et réapprovisionnés
En gestion de projet, le retard d'une tâche est indépendant de son coût. Une tâche à quelques euros qui décale entraîne les mêmes conséquences qu'un équipement à 1 000 €, voire bien plus. C'est exactement le rapport entre les masques et les cellules de réanimation.
Cause n°2 : le manque de prévision
Le virus n'a pas attendu que les équipements de sécurité soient en place pour se propager.
Pour une transaction commerciale ou une activité classique, un retard repousse la livraison et augmente le coût — ennuyeux mais maîtrisable.
Pour un processus de risque santé non prévisible, la logique est inversée : c'est la nature qui impose le calendrier. La société doit s'adapter immédiatement, mettre en œuvre sans délai les dispositions de protection. Il n'y a pas de marge de négociation avec le virus.
À qui imputer les responsabilités ?
Elles sont très partagées et anciennes. Entre les responsables de projets, leurs conseils, et l'ensemble des cadres formés au management de projet : tous ceux qui étaient en position d'alerter et qui ne l'ont pas fait depuis des années.
La recherche des coupables n'apportera rien de bon. Ce qui compte, c'est de tirer les leçons.
La vraie leçon : le délai n'est pas pris au sérieux
Cette catastrophe vient d'une méconnaissance profonde de l'importance du délai dans l'organisation des projets — des très grands projets aux processus de risque santé. En France, la maîtrise des délais n'est pas prise en compte comme elle devrait l'être.
C'est pour ça que ce blog existe : remettre la maîtrise des délais au cœur de la gestion de projet, et démystifier cette discipline pour la rendre accessible.
Un exemple qui résume tout
Les conséquences du retard d'une tâche sont indépendantes de sa durée, de son coût, et des ressources qu'elle mobilise.
Un décalage de 5 jours dû à un retard d'approvisionnement de masques aura exactement les mêmes conséquences sur le planning qu'un décalage de 5 jours dû à un retard d'intervention en cellule de réanimation.
C'est contre-intuitif, et c'est précisément pour ça que cette règle est si souvent ignorée.
Et la prévision dans tout ça ?
« Gouverner, c'est prévoir. »
Ce proverbe résume l'enjeu. Prévoir, c'est décider l'action à réaliser : quoi faire, par qui, comment, et quand.
Cela suppose une analyse qui parte des objectifs à atteindre, recense toutes les tâches nécessaires, les contraintes et les risques prévisibles. Lors d'une discussion sur une action, la visualisation de son déroulement (typiquement un planning) participe à la décision elle-même.
Pour un risque santé non prévisible, la prévision est impérative
Elle n'a rien à voir avec le management de projets, même très importants. On ne connaît ni le début, ni la fin, ni l'intensité du risque. Il faut prendre en compte son évolution en continu, composer avec des ressources limitées, et gérer simultanément plusieurs sites où le niveau de risque varie.
C'est la nature qui impose ses contraintes. À la société de se prémunir et d'agir au plus tôt, car tout retard amplifie les conséquences humaines et financières.
Tags