Histoire d'Ecoplanningpar Claude Rivoiron
Ecoplanning n'est pas né dans un bureau d'étude. Il est né sur un chantier — celui de la Tour Totem, au Front de Seine, en 1975.
Avant la Tour Totem
L'histoire commence presque dix ans plus tôt, aux Halles de Rungis entre 1966 et 1969. Claude Rivoiron, alors responsable de la planification, doit organiser le déroulement de sept bâtiments « fruits et légumes » sur dix-huit mois de travaux. C'est son tout premier projet planifié à l'aide d'un logiciel de gestion de projet.
À l'époque, la planification informatique se pratique encore sur cartes perforées. Deux secrétaires saisissent les données en double pour éviter les erreurs de frappe. Les calculs se font la nuit, chez IBM place Vendôme à Paris. Au matin, on récupère des listings illisibles dans lesquels il faut traquer manuellement les bouclages de tâches. Beaucoup de papier, beaucoup de nuits.
Le planning des Halles est respecté.
L'ensemble « Le France », 1970 : la rencontre avec Jean de Mailly
Premier vrai chantier emblématique : l'ensemble « Le France », dont la pièce maîtresse est un IGH de 40 étages avec paroi étanche périphérique. L'architecte maître d'œuvre est Jean de Mailly, Grand Prix de Rome, à l'époque Conservateur du Palais de Chaillot.

C'est sur ce chantier que se déroule l'une des conversations qui ont le plus marqué Rivoiron. Le maître d'ouvrage parle budget, le planificateur parle délais. L'architecte écoute, puis lâche :
« Le Maître d'Ouvrage me parle budget, vous du respect des délais, mais dans de nombreuses années, que restera-t-il ? Le geste architectural. »
— Jean de Mailly, sur le chantier du France, vers 1970
Un audit demandé par la direction maîtrise d'ouvrage après onze mois d'exécution constate seulement quelques jours de retard. Le planning fonctionne. La méthode prend.
1975 : Tour Totem, l'élément déclencheur
Cinq ans plus tard, la Tour Totem est lancée au Front de Seine. Un IGH de 32 étages sur un site exigu, en pleine ville, avec des contraintes qui n'existaient pas sur les chantiers précédents :
- une grue intérieure (pas de grue à tour classique possible),
- trois types de coffrages différents selon les niveaux,
- des façades en sept grappes de mur-rideau à coordonner avec les corps d'état du gros œuvre,
- une exiguïté du site qui interdit le stockage,
- des contraintes de sécurité accrues du fait du voisinage urbain dense.

La société que vient de créer Rivoiron prend en charge la coordination tous corps d'état. Très vite, il devient évident que les outils existants ne suffisent plus. Il faut inventer des documents synthétiques — des croquis d'étages courants, des plans des sept grappes de mur-rideau — pour pouvoir piloter à la fois le gros œuvre et les façades sans s'y perdre.
C'est ce constat qui déclenche la décision : constituer une équipe d'informaticiens pour développer un outil sur mesure. La première version d'Ecoplanning prend naissance.
1979 : la maquette en carton et l'Apple II
Quelques années plus tard, Rivoiron dessine pour un autre maître d'ouvrage un tableau de bord destiné à visualiser plusieurs opérations immobilières en parallèle. Le maître d'ouvrage trouve le dessin si parlant qu'il fait cartonner la maquette finale pour la diffuser à ses équipes de formation.
C'est ce schéma qui sert de cahier des charges au premier logiciel Ecoplanning informatisé : développé en 1979 sur Apple II avec imprimante à aiguille Epson en A4. Loin des mainframes IBM des années 60 — la planification de projet devient enfin accessible à un bureau d'études, sans avoir à se déplacer la nuit place Vendôme.

De 1979 à 2026
Cinquante ans plus tard, la méthodologie est toujours là, condensée dans la version 6 actuelle du logiciel. Le triangle d'or qualité-coût-délai, la démarche d'ordonnancement en deux temps, la simulation par homothétie, l'actualisation simplifiée : tout cela vient de cette pratique de terrain, raffinée chantier après chantier, depuis Rungis jusqu'aux opérations de réhabilitation contemporaines.
Et la phrase de Jean de Mailly continue de résonner :
« Dans de nombreuses années, que restera-t-il ? Le geste architectural. »
Le geste reste. Les délais le servent.
Tags