Études de caspar Claude Rivoiron
La catastrophe du Coronavirus a une cause initiale claire : le non-respect d'une règle de base de la gestion de projet, doublé d'un manque de prévision. Cette faille est imputable à l'ensemble des décideurs et de leurs conseils de l'époque.
Gestion de tâches vs gestion de projets
Dans la vie courante, beaucoup d'actions ne demandent aucune méthode particulière. On choisit la première option, la plus rapide — c'est déjà de la gestion de tâches.
Mais dès qu'un projet comporte de nombreuses tâches interdépendantes, il faut un planning pour visualiser le déroulement. Et donc un logiciel adapté.
Tous les responsables et conseils en management de projet sont censés maîtriser ces bases. En tant que spécialistes, ils auraient dû alerter. Cela n'a pas été le cas pour le Coronavirus.
Une règle fondamentale ignorée
En gestion de projet, le retard d'une tâche n'est pas proportionnel à son coût. Le retard d'une tâche à quelques euros peut avoir exactement les mêmes conséquences que celui d'un équipement à 1 000 € — voire 1 000 fois plus cher.
Concrètement : si la tâche n°1 prend du retard, la tâche n°3 qui en dépend prend le même retard, et la tâche n°4 qui suit subit la même cascade.
Pour les projets importants et complexes, une analyse exhaustive est indispensable. Elle doit :
- identifier les contraintes extérieures,
- anticiper les risques prévisibles,
- s'assurer que les approvisionnements critiques seront disponibles, en quantité, au moment où ils seront nécessaires.
La différence cruciale avec un risque santé non prévisible
Pour un projet « classique », un retard décale la livraison et génère des frais supplémentaires. Les conséquences sont linéaires.
Pour un processus de risque santé non prévisible, c'est différent : les conséquences sont exponentielles.
Un projet a un début, une durée et une importance connus à l'avance. Un risque santé imposé par la nature n'a ni début, ni fin, ni intensité connue. Il faut suivre son évolution en continu, composer avec des ressources limitées, et le gérer simultanément sur plusieurs sites où le niveau de risque peut varier.
L'effet d'amplification
La pénurie de masques (tâche 1 retardée) n'est pas restée isolée. La sécurité sanitaire de base n'étant plus assurée, les équipements lourds — cellules de réanimation, tâche 3 — se sont retrouvés rapidement saturés.
On a observé une montée en charge non linéaire mais exponentielle. Les hôpitaux ont opéré au-delà de leurs capacités, avec les conséquences dramatiques que l'on connaît.
Une responsabilité collective et ancienne
Les responsables concernés sont nombreux et la défaillance dure depuis des années. Une majorité d'entre eux connaissait ces contraintes et aurait dû alerter. Cela aurait évité la catastrophe initiale.
Reste à la société un choix cornélien pour les processus de risque santé non prévisibles : privilégier les membres les plus fragiles de la société actuelle, ou préserver les intérêts des générations futures ?
C'est la question centrale à trancher en amont, pas dans l'urgence.
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