Études de caspar Claude Rivoiron
L'article précédent identifiait les fondamentaux de la gestion de projet qu'il aurait fallu appliquer à un processus santé non prévisible. Leur non-respect a conduit à la catastrophe du Coronavirus.
Au-delà de ces fondamentaux, d'autres dispositions sont nécessaires : suivre l'évolution du risque, composer avec des ressources limitées, et lisser ces ressources entre les différents sites.
Une analyse préalable, en plusieurs temps
Une analyse cadre doit définir l'enveloppe du risque et toutes les procédures à mettre en œuvre — en fonction des connaissances disponibles à l'instant.
Premier temps. Un responsable est désigné en fonction de ses compétences en management de projet et en management des hommes. Il consulte les scientifiques et spécialistes directement concernés par le risque, pour obtenir un premier cadrage du déroulement.
Deuxième temps. L'analyse est affinée avec les autres scientifiques de disciplines complémentaires. Les prescriptions et procédures sont codifiées, acceptées par tous les intervenants, et deviennent exécutoires dès l'apparition du virus.
En parallèle, on évalue les équipements nécessaires et leur coût, pour différents niveaux de besoin. L'équilibre entre sécurité maximale et coût raisonnable est la difficulté majeure à trancher.
Une analyse vivante, pas figée
À partir des connaissances actuelles, après accord de tous les participants, un déroulement prévisionnel est arrêté. Les utilisateurs de chaque site doivent pouvoir le mettre en œuvre dès l'apparition du risque.
Cette analyse doit être revue périodiquement, pour ajuster les hypothèses au fil des nouvelles connaissances. Plusieurs scénarios peuvent être préparés ; le scénario retenu sera choisi au moment où le risque se déclare.
La mémoire du dispositif : la base de données
Une base de données actualisée doit centraliser toutes les informations issues des réunions d'analyse et de l'observation du risque santé. C'est la mémoire que tous les intervenants consultent pour rester à jour.
La cellule centralisatrice
Une cellule centralisatrice doit être créée. Elle :
- informe chaque site des besoins en personnel et en moyens à prévoir,
- assure le lissage des ressources entre les sites,
- suit l'évolution du risque,
- prend les dispositions correctives correspondantes,
- déclenche l'intervention des sites dès l'apparition du risque.
Deux erreurs à ne pas commettre
Erreur n°1 : remettre en question le déroulement établi par les scientifiques et spécialistes au moment du risque. Cela génère des retards aux conséquences potentiellement incontrôlables.
Erreur n°2 : prendre une décision « à chaud » sous le coup de l'événement. Pour un risque santé non prévisible, une décision à froid, préparée en amont, est toujours préférable.
Le piège du coût des équipements
Contrairement à un projet classique, les conséquences d'un décalage de tâche sont indépendantes de la valeur de la tâche. Par sécurité, tous les approvisionnements doivent être disponibles à tout moment, qu'il s'agisse de masques ou d'équipements lourds.
Reste le choix cornélien des équipements onéreux : jusqu'où aller dans le pré-équipement pour faire face à un risque incertain ? Privilégier les fragiles d'aujourd'hui ou les ressources des générations futures ? C'est un débat de société qui doit être tranché avant la crise, pas pendant.
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